Il se rêvait en monarque éclairé. Et ce fut Gaston Flosse ou le pouvoir total, sans concession. Bien sûr, il a créé un pays, la Polynésie, édifié une ville, Papeete, fondé une identité, l'autonomie paisible. “Il a su réconcilier les deux autonomies, celle de la classe possédante et celle de la classe populaire”, relève l'universitaire Jean-Marc Regnault. Une œuvre réelle, considérable, que même ses contempteurs soulignent.
Mais ce fut au prix d'un règne autoritaire, achevé dans la disgrâce. “Il s'est retrouvé seul au pouvoir, trop seul, note le chercheur Sémir Al-Wardi. Paris a fermé les yeux et les dérives ont commencé…” Trop d'ennemis, de rancœurs accumulées, de dépenses somptuaires, d'affaires troubles. ” Gaston Flosse, jette son ancien directeur de cabinet Jean Prunet, c'est la monarchie absolue. “
Souverain, il aurait donc pu l'être. Il en avait tous les attributs. Un palais, édifié au cœur de Papeete pour 38,5 millions d'euros. Des voitures, par dizaines. 70 au total, affectées à sa présidence, dont une limousine rallongée pour lui, deux Lexus, une Cadillac. Une compagnie d'aviation, une radio. Des femmes, officielles ou maîtresses d'un soir, qui lui feront onze enfants au total. Et un système à sa démesure, dans son archipel, si loin de Paris, si proche de l'Elysée. De 1991 à 2004, Gaston Flosse a réellement régné sur la Polynésie française. “Il a créé un système mimétique de la République française, insiste Jean Prunet. Il n'est pas cultivé, mais il a une telle force mentale, il commande à son corps…”
Article : Gérard Davet-Envoyé spécial à Tahiti
(Article paru dans l'édition du 10.02.10)
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Source : http://www.lemonde.fr/
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