
Le salaire des politiques.
Nicolas Sarkozy a-t-il voulu appliquer à lui-même le plus célèbre de ses slogans : « Travailler plus pour gagner plus » ? Celui que les médias surnomment l’« hyper-président », en raison de son activité qui dépasse celle de ses prédécesseurs, a décidé en effet de s’accorder une augmentation. Et pas des moindres : selon une note transmise par les services de l’Elysée au rapporteur de la mission budgétaire Pouvoirs publics à l’Assemblée, son salaire grimpera l’année prochaine de 200 %.
Soit une rémunération mensuelle de 20.000 euros au lieu des 6.594 actuels. La raison invoquée est simple : il s’agit d’aligner le salaire du chef de l’Etat « sur celui du Premier ministre et de ses homologues étrangers » et de mettre ainsi fin à un système où un secrétaire d’Etat gagne deux fois plus que l’hôte de l’Elysée. Il existe en effet de fortes disparités dans les rémunérations des hommes publics, qui bénéficient aussi d’importants avantages dus à leur fonction.
Politiques, ce qu’ils gagnent.
La rémunération des élus de la République est toujours un sujet tabou dans notre pays. Pour éviter les débordements et autres soupçons d’enrichissement sur le dos du contribuable, l’Etat a décidé d’encadrer les rémunérations directes de nos élus. Ainsi, depuis 1992, les revenus de nos représentants (hors membres du gouvernement) sont plafonnés à 8.036 euros brut par mois, mais ce plafond ne prend pas en compte les petits avantages que leur octroie la fonction.
On remarque ainsi que, hormis l’exception présidentielle, les salaires sont proportionnels aux responsabilités qu’ils exercent : un ministre gagne plus que son secrétaire d’Etat. Les avantages en nature et autres petits défraiements ne sont, quant à eux, pas négligeables : transports, frais de bouche, logement…
Ainsi, un eurodéputé reçoit en frais de bouche et de logement une indemnité de 251 euros par jour, soit 7.530 euros par mois. Une somme bien supérieure à son salaire. Bien entendu, ces indemnités plus qu’onéreuses ne sont pas soumises à l’impôt. L’Etat a beau jeu de dire ensuite qu’il veut baisser le train de vie !
Trois fois moins qu’un PDG.
Les politiques sont moins bien lotis que les footballeurs ou les stars à la mode. Ainsi Didier Drogba, attaquant de Chelsea, touche 5,4 millions d’euros par an, Thierry Henry 5 millions et Claude Makelele 4 millions. Avec son nouveau salaire, Nicolas Sarkozy fait à peine jeu égal avec Thierry Ardisson (240.000 euros par an), mais est largement distancé par l’animateur producteur Arthur (1,2 million).
Vedette et PDG. Certes, il touche plus qu’un rugbyman du Top 14 (8.000 euros par mois en moyenne, soit plus qu’un député ou qu’un sénateur). Mais les vedettes de l’Ovalie comme Michalak sont loin devant avec 690.000 euros de revenus annuels. Et impossible de rivaliser avec les géants du show-biz comme Johnny Hallyday (8,7 millions d’euros par an) ou Renaud (2,02 millions d’euros à l’année).
Même Olivia Ruiz, chanteuse découverte il y a peu, gagne déjà 1,40 million d’euros par an. Le salaire de Nicolas Sarkozy équivaut à 15 fois le SMIC, mais reste trois fois moins important que celui d’un PDG. Aux antipodes, Vincent Bolloré, avec plus de 9,5 millions d’euros, gagne 40 fois plus que le président de République.
Sur le podium européen.
Elisabeth Mignon, directrice de cabinet du président de la République, présente la hausse du salaire de Nicolas Sarkozy comme « un alignement avec celui de ses confrères chefs d’Etat et de gouvernement de la zone Europe ». Ce gros coup de pouce donné par le Président à lui-même lui permet ainsi de passer de la quinzième à la troisième place dans le classement par revenus des chefs d’Etat européens.
Sur la première marche du podium on retrouve la chancelière allemande Angela Merkel qui empoche à chaque fin de mois la bagatelle de 21.262 euros, juste devant Bertie Ahern, chef du gouvernement irlandais, qui perçoit mensuellement 20.558 euros. La médaille de bronze reviendrait donc à Nicolas Sarkozy qui devance Romano Prodi, président du Conseil italien, avec 18.553 euros par mois.
Nicolas Sarkozy se situerait donc dans la fourchette de salaire des responsables politiques des pays saxons. Le salaire de Jacques Chirac coïncidait plutôt avec ceux des pays émergents de la zone euro, comme la Slovénie, la République tchèque ou encore la Hongrie.
On peut néanmoins avoir une compassion pour le postulant au poste de Premier ministre slovaque, lanterne rouge de ce classement, qui ne touche que 2.684 euros, ce qui reste tout à fait convenable lorsque l’on sait que cette somme représente plus de douze fois le salaire minimum local. Ces chiffres ne prennent pas en compte les dépenses diverses et aléatoires pour chacun d’entre eux selon les us et coutumes des nations.
Les parlementaires européens, jamais à court d’idées, pourraient peut-être envisager la mise en place d’un salaire présidentiel unique européen (SPUE) calculé sur le coût de la vie locale. Les dirigeants européens restent cependant derrière George W. Bush, qui est le chef d’Etat le mieux payé au monde avec 24.167 euros par mois.
Dossier réalisé par Thomas de Rochechouart, Maud Guillaumin et Oualid Dachraoui.
Source:http://www.francesoir.fr
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