2 millions d’euros d’escroquerie au chèque de banque.
C’est sans doute la plus grosse escroquerie au chéquier volé jamais commise à la Réunion. Les chèques d’un chéquier de banque de la Banque de la Réunion dérobé il y a plusieurs années sont actuellement sur le marché. Pour l’heure, la tentative d’escroquerie en cours atteindrait entre 1,7 et 2 millions d’euros et aurait été réalisée au préjudice de plusieurs grandes entreprises de l’île.
La Banque de la Réunion, la plus vieille des sociétés déposées au registre du commerce, vient d’être victime d’un vol et d’une tentative d’escroquerie qui va marquer les annales de la criminalité à la Réunion. Le sacro-saint chèque de banque a été violé, tiré du son coffre-fort où son intégrité devait être préservée. Le chéquier incriminé, dont les caractéristiques sont désormais connues, a été fabriqué en juin 2003.
L’affaire a éclaté il y a quelques jours, lorsque le bénéficiaire de l’un des chèques a vu son titre de règlement, d’un montant de plusieurs dizaines de milliers d’euros, lui revenir frappé de l’incroyable motif : « Signature non conforme ». Et comme d’autres ont été dans le même cas, les plaintes de ces industriels floués sont venues s’ajouter les unes aux autres sur le bureau de la brigade de recherche de la gendarmerie de Saint-Paul.
De son côté, la Banque de la Réunion a également réagi. Sa direction, à Saint-Denis, est allée déposer une autre plainte au commissariat central de police de Malartic. L’ensemble de ces procédures est désormais au parquet, où l’affaire est jugée « importante par son montant, mais primaire dans son mode opératoire », et où on pense que les auteurs ne devraient pas tarder à être démasqués.
Dix chèques volés.
L’affaire serait née lors du transport des valeurs, ou dans les locaux de l’agence de Saint-Paul. Là, soit un client plus observateur et audacieux que les autres, soit un employé indélicat aurait dérobé le carnet de chèques de banque du compte n° 0050000019020 de l’agence. Dix chèques ont en tout cas été pris.
Soit encore en les détachant, au hasard dans le carnet, soit parce qu’ils n’en restaient que dix dans ledit carnet. Mieux encore, au cours de son larcin, le voleur s’est emparé du tampon de la banque, accessoire obligatoire à l’escroquerie, le cachet devant accompagner la signature pour rendre le chèque « valide ». La suite est plus nébuleuse car rien n’établit que le voleur du chéquier soit celui ou ceux qui ont remis les chèques de banques dérobés aux commerçants en guise de paiement de leur achat.
Au contraire, il semblerait plutôt que les chèques de banque aient servi, au passage, à blanchir de l’argent liquide qui avait du mal à apparaître sur un compte légal. Ce qui implique alors l’existence d’un réseau au nombre de participants encore indéterminé. « Il est probable que l’acheteur savait déjà, avant de se présenter chez le commerçant qu’il paierait son achat avec un chèque de banque, explique un enquêteur.
Il a pu appâter le commerçant en lui proposant, dans un premier temps de le payer en liquide, en étant certain que celui refuserait puisqu’il est illégal de recevoir plus de 3 000 euros en liquide en règlement d’un achat. Et la facture, en l’espèce, était à chaque fois plus d’une dizaine de fois supérieure ». Quoi qu’il en soit, le chèque de banque remis retourne à la Banque de la Réunion pour que son montant soit versé sur le compte du commerçant.
Son image est alors visionnée par l’employé de Tigre, la société sous-traitante pour la BR. C’est alors que le bât blesse. Le montant étant « important », l’employé ne se contente pas du postulat selon lequel pour qu’un chèque de banque ait été émis, il faut que le compte du client ait été vérifié créditeur de la somme mentionnée, et que ce n’est donc pas un chèque en bois, il vérifie la signature qu’accompagne le tampon.
L’examen du compte mentionné sur le chèque lui livre copie de la ou des signatures déposées et donc accréditées. La comparaison montre l’évidence : la signature n’est pas conforme. Pour l’heure, sur les dix chèques en circulation, sept ont déjà été présentés. Le montant global des sommes mentionnées s’élève à près de 2 millions d’euros, ce qui fait de cette tentative d’escroquerie au chèque la plus grosse de l’histoire de la Réunion.
Et comme il en reste trois dans la nature ou en cours d’acheminement vers la banque, il est possible que ce montant soit encore enrichi dans les prochains jours. L’enquête démarre mais les autorités semblent convaincues qu’elle sera menée à son terme, et avec succès. Car les escrocs se sont souvent montré « gros doigts ». Chez les industriels et les commerçants qu’ils ont voulu escroquer, ils ont notamment laissé des indices qui devraient permettre de remonter leur piste… Et de démasquer le voleur des chèques.
Article: Christian Chardon
Source:http://www.clicanoo.com
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