30092008
A Singapour, débauche de luxe pour un Grand Prix
Les pays et villes candidats à l’organisation d’un Grand Prix de F1 ne manquent pas. Aussi, lorsque la petite république de Singapour a décroché le pompon en mai 2007, les organisateurs ont aussitôt réfléchi à la façon de ne pas simplement être une date de plus au calendrier du championnat. Il fallait quelque chose de fort et de différent pour tenir la devise exposée par l’office du tourisme local : «Uniquement à Singapour.»
Après avoir paraphé le contrat de cinq ans, Bernie Ecclestone, le responsable commercial de la F1, a suggéré à ses nouveaux amis que les horaires de leur course coïncident avec ceux habituels des courses en Europe. Et comme dans cette partie de l’Asie située juste au-dessus de l’équateur le soleil se couche invariablement vers 19 heures, l’idée d’éclairer la piste s’est très vite imposée. Non seulement, l’inédit GP de Singapour serait le premier disputé sur un circuit urbain en Asie, mais aussi le premier à se dérouler en nocturne. Enfin, petit clin d’œil ou heureux hasard, cette quinzième épreuve de la saison est également le 800e Grand Prix de l’histoire.
Cahier des charges. Une fois gommées les réticences de quelques pilotes après les premiers essais de roulage effectués sur la piste éclairée du circuit Paul Ricard dans le sud de la France, la Fédération internationale de l’automobile a donné son feu vert. Aux organisateurs de Singapour de respecter le cahier des charges épais comme le Bottin mondain, surtout au chapitre de la sécurité. Pour compenser la complexité de devoir éclairer comme en plein jour cinq kilomètres de piste, il a été décidé d’utiliser au maximum les larges avenues et boulevards situés à proximité du quartier de Marina Bay, à bonne distance du centre-ville. 85 % du circuit est habituellement ouvert à la circulation. Une fois le dessin de la piste déterminé, une société italienne spécialisée dans les éclairages hors normes a été sollicitée pour tenir le pari de produire une lumière constante de 3 000 lux soit 1 000 de plus que le minimum requis pour permettre aux caméras électroniques de rendre une image satisfaisante et près de quatre fois plus que ce qu’exige l’éclairage d’un stade moderne.
Guichet fermé. En moins de dix-huit mois, tandis que 58 sociétés et plus de 2 000 ouvriers bâtissaient des gradins et un luxueux paddock club, peaufinaient des loges, ajustaient des kilomètres de murs et de grillages, coulaient d’immenses raccords de goudron, construisaient des stands et un paddock ultramoderne, l’éclairagiste italien montait 264 pylônes et près de 2 500 projecteurs et panneaux lumineux, reliés à des générateurs quadruplement sécurisés, produisant plus de 3 millions de watts. Le montant de la facture de ce système d’éclairage unique est tenu secret, mais les spécialistes l’estiment aux alentours de 50 millions de dollars (34 millions d’euros). Soit un tiers de ce qu’aurait coûté l’organisation de ce premier Grand Prix «by night». Le chiffre de 150 millions de dollars, avancé du bout des lèvres par les représentants de l’Etat, semble toutefois minoré sachant que le plateau coûte à lui seul environ 40 millions de dollars, soit trois fois plus que la somme déboursée par les épreuves européennes qualifiées «d’historiques» et bénéficiant encore de conditions financières avantageuses.
Source: http://www.liberation.fr
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