9 10 2008
500 millions de dollars sous la mer
A qui appartient le fabuleux trésor de la Nuestra-Señora-de-las-Mercedes, cette frégate espagnole coulée il y a plus de deux siècles sous la mitraille anglaise au large du Portugal ? A Greg Stemm, le patron d’Odyssey Marine Exploration (OME), la société américaine qui, en mai 2007, a découvert, repêché et emporté discrètement en Floride un butin composé de 500 000 pièces d’argent, 5 000 pièces d’or et d’objets en métaux précieux ? Cette fortune reviendra-t-elle plutôt en Espagne, dont le gouvernement, furieux des « agissements moralement et légalement inacceptables d’Odyssey », revendique la propriété ? Ou faudra-t-il compter sur des recours de la part des milliers de descendants des 130 marchands espagnols qui avaient chargé à bord du navire, parti de Lima (Pérou) à destination de Cadix, les richesses qu’ils avaient amassées là-bas ?
C’est un juge du tribunal de Tampa (Floride), Mark Pizzo, qui est chargé de démêler l’écheveau. Premier acte de son enquête préliminaire, il a entendu les arguments des avocats de l’Espagne, le 22 septembre. Odyssey exposera les siens le 17 novembre. Ce n’est que le début d’une longue bataille judiciaire transatlantique qui a déjà éclaboussé au passage les relations entre l’Espagne et la Grande-Bretagne. N’est-ce pas par le territoire britannique de Gibraltar, port d’attache des navires d’Odyssey dans la région, qu’ont transité secrètement les monnaies anciennes avant d’être acheminées par avion aux Etats-Unis ? Dès l’annonce de la découverte, Madrid avait demandé à Londres et à Washington des « explications » sur les autorisations douanières ayant permis l’exportation de ce butin archéologique.
Les 17 tonnes d’or et d’argent de la Mercedes constituent le plus gros trésor jamais arraché aux fonds marins. Il est estimé à 500 millions de dollars (341 millions d’euros). Pour OME, jeune société récemment cotée en Bourse, c’est une aubaine. L’usage veut que 80 % à 90 % de la valeur d’un trésor trouvé en mer revienne à celui qui le découvre, le reste étant réparti entre les ayants droit. Dans ces conditions, Greg Stemm a beau jeu de souhaiter « la bienvenue à toutes les parties qui déposeraient une réclamation légitime ». Bienvenus les descendants des marchands qui, selon les documents retrouvés dans les Archives des Indes à Séville, avaient entassé 697 621 pesos à bord de la Mercedes. Bienvenu aussi le gouvernement du Pérou, qui lorgne une part de ces pièces d’argent sous prétexte qu’elles ont été frappées sur son territoire.
Jean-Jacques Bozonnet
Source:http://www.lemonde.fr






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